Sur l’ordonnance de la Cène du Seigneur

Est-ce une affaire de peu d’importance pour des chrétiens que de négliger de semaine en semaine et de mois en mois la Cène de leur Seigneur ? Pouvons-nous supposer que Celui qui, en Nombres 9, déclarait que l’Israélite qui négligerait la pâque serait retranché, ne tient pas compte de la négligence du chrétien pour la table du Seigneur ? Assurément non. Car quoiqu’il ne s’agisse pas d’être retranché de l’Église de Dieu, du corps de Christ, cela autorise-t-il notre négligence ? Loin de nous cette pensée. Ce fait devrait plutôt avoir pour effet béni de nous animer d’une plus grande diligence dans la célébration de cette précieuse fête, dans laquelle « nous annonçons la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Cor. 11:26).

Pour un pieux Israélite, il n’y avait rien de plus beau que la pâque, parce qu’elle était le mémorial de sa rédemption. Et pour un chrétien pieux, il n’y a rien de plus beau que la Cène, parce qu’elle est le mémorial de sa rédemption et de la mort de son Seigneur. De tous les services auxquels le chrétien peut se livrer, il n’est rien de plus précieux, rien de plus expressif, rien qui place Christ d’une manière plus touchante et plus solennelle devant son cœur, que la Cène du Seigneur. Il peut chanter la mort du Seigneur, il peut prier à son sujet, il peut en lire le récit, il peut en entendre parler, mais c’est seulement dans la Cène qu’il l’« annonce ». « Et ayant pris un pain, et ayant tendu grâces, il le rompit, et le leur donna, en disant : Ceci est mon corps, qui est donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi ; de même la coupe aussi, après le souper, en disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est versé pour vous » (Luc 22:19-20).

Ici nous avons l’institution de la fête ; et quand nous en venons aux Actes des Apôtres, nous lisons : « le premier jour de la semaine, lorsque nous étions assemblés pour rompre le pain… » (Actes 20:7).

Là nous avons la célébration de la fête ; et enfin quand nous ouvrons les Épîtres, nous lisons : « La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion du sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion du corps du Christ ? Car nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps, car nous participons tous à un seul et même pain » (1 Cor. 10:16-17). Et encore : « Car moi, j’ai reçu du Seigneur ce qu’aussi je vous ai enseigné : c’est que le Seigneur Jésus, là nuit qu’il fut livré, prit du pain, et après avoir rendu grâces, il le rompit et dit : Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. De même il prit la coupe aussi, après le souper, en disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang : faites ceci, toutes les fois que vous la boirez, en mémoire de moi. Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez la coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Cor. 11:23-26).

Nous avons ici la fête expliquée. Et ne pouvons-nous pas dire que dans l’institution, la célébration, et l’explication, nous avons, pour lier nos âmes à cette précieuse fête, une corde triple qui ne se rompt pas vite ? (Ecc. 4:12).

Comment se peut-il donc qu’en face de toute cette sainte autorité, on trouve quelque chrétien qui néglige la table du Seigneur ? Ou bien, en envisageant ce fait sous un autre aspect, d’où vient que des membres de Christ peuvent passer des semaines et des mois, ou même toute leur vie sans jamais se souvenir de leur Seigneur, conformément à son vœu direct et positif ?



Ce n’est d’ailleurs pas seulement une question de soumission à l’autorité de l’Écriture ; ... ; ce qui seul est amplement suffisant pour tout esprit pieux. Mais il y a plus que cela. Il y a dans le cœur du chrétien une réponse d’amour correspondant à l’amour du cœur de Christ. N’est-ce rien cela ? Ne devrions-nous pas chercher au moins en quelque mesure, à répondre à l’amour d’un tel cœur ? Si notre adorable Seigneur a réellement institué le pain et le vin dans la Cène, comme mémorial de son corps rompu et de son sang répandu ; s’il a ordonné que nous mangions de ce pain et que nous buvions de cette coupe en mémoire de lui, ne devrions-nous pas, dans la puissance de l’affection, répondre au désir de son cœur affectueux ? Assurément aucun chrétien sérieux ne le mettra en doute. Ce devrait toujours être une joie pour nos cœurs que d’entourer la table de notre Seigneur, de nous souvenir de lui, selon son institution — d’annoncer sa mort jusqu’à ce qu’il vienne. N’est-il pas merveilleux de penser qu’il ait voulu occuper une place dans le souvenir de cœurs tels que les nôtres ; or il en est ainsi ; et ce serait vraiment triste si, pour un motif quelconque, nous négligions cette fête à laquelle il a attaché son nom précieux.

Ce n’est naturellement pas ici le lieu d’entrer dans une exposition détaillée de l’ordonnance de la Cène du Seigneur. Ce que nous désirons surtout, c’est d’insister auprès du lecteur chrétien sur l’immense importance et le profond intérêt de l’ordonnance, quant au double principe de la soumission à l’autorité de l’Écriture, et d’un amour correspondant à celui de Christ lui-même. De plus nous voudrions faire vivement sentir à tous ceux qui peuvent lire ces lignes, la gravité qu’il y a à négliger de prendre la Cène selon les Écritures. Nous pouvons être assurés que c’est toujours un principe dangereux de chercher à mettre de côté cette institution positive de notre Seigneur et Maître. Cela dénote un bien mauvais état d’âme. Cela prouve que la conscience n’est pas soumise à l’autorité de la Parole, et que le cœur n’est pas dans une vraie sympathie avec les affections de Christ. Appliquons-nous donc à nous acquitter de notre sainte responsabilité vis-à-vis de la table du Seigneur — à ne pas négliger d’observer la fête — à la célébrer conformément à l’ordre établi par le Saint Esprit.

Voilà pour ce qui regarde la pâque dans le désert et les leçons frappantes qu’elle fournit à nos âmes.

(CHM sur Nombres 9)